ÉTRANGE SACRÉ
Le chien de Tobie, la baleine de Jonas, l’ânesse de Balaam : la Bible fourmille de figures sympathiques d’animaux. Mais les auteurs bibliques sont vigilants : le peuple auquel se révèle le Dieu unique – dont seuls l’homme et la femme sont l’image – est entouré de civilisations où l’on adore des dieux crocodile, hippopotame ou veau. Malgré cela, la tradition chrétienne se plaira à représenter les animaux, connus ou
pas-encore-connus (la Création du Dieu tout-puissant ne saurait se borner à ce qu’on voit dans notre basse- cour), dans une grande convocation cosmique : la liturgie, à laquelle participent les images peintes ou sculptées des églises. Malgré l’incompréhension et les réprimandes de saint Bernard : « À quoi bon, dans ces endroits, ces singes immondes, ces lions féroces, ces centaures chimériques, ces monstres demi-hommes, ces tigres bariolés ? » L’imagination libérée se plonge avec délice dans les bestiaires antiques, y trouvant au passage des illustrations pour l’édification morale. Mais ces pieuses considérations posées, reste un étrange sentiment. La présence dans toutes les cultures (la basse-cour est aujourd’hui ouverte et le monde mieux connu) de métamorphoses, hybridations et autres figurations d’esprits-animaux ne nous apprend-elle pas quelque chose de plus profond ? Sur nous, sur le sacré ?
Auteur : Frère Philippe Markiewicz
Magazine : Arts Sacrés n° 17 Page : 39-40
Date : 30/04/2012
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