La presse se fait régulièrement l’écho de polémiques nées des rapports entre la création artistique et les sensibilités religieuses. L’histoire n’est pas d’aujourd’hui. Le cas du Caravage est convoqué dès qu’il s’agit d’accusation de blasphème : Olivier Py, le Piss Christ, Pierre et Gilles, Sur le concept du visage du Fils de Dieu… Nous revenons sur ces œuvres et ces accusations. Des questions se posent : peut-on à la fois croire en un Dieu transcendant, comme celui des trois grands monothéismes, et prétendre qu’il peut être atteint par nos offenses, et donc blasphémé ? Autre point de vue : peut-on, dans notre société mondialisée, piétiner les valeurs de nos désormais-toujours-proches voisins (croyances, famille…) au seul nom de la liberté de conscience, et pour montrer que nous sommes plus « évolués » ? Blasphème, indécence, obscénité… de quoi s’agit-il en fin de compte : d’une provocation prophétique ou d’un complot contre la religion ? Une société devient obscène, selon l’étymologie, lorsqu’elle n’est plus capable de « mettre en scène » les représentations qu’elle a d’elle-même, lorsqu’elle transforme la pensée symbolique en réel. C’est justement au cœur de cette question que nous plongent le théâtre rituel polonais contemporain et, d’une autre façon, l’œuvre multiforme de la plasticienne Tania Mouraud. Ne serait-il pas obscène, toujours dans ce sens, d’affirmer que Léonard de Vinci et le Caravage ont été des génies malgré les sujets religieux qu’ils ont eu à peindre ? Nous avons souhaité revenir sur une exposition terminée, et sur laquelle on a beaucoup écrit, pour souligner un aspect trop négligé : la Sainte Anne de Léonard nous apprend autant sur la spiritualité du Maître (sa compréhension du mystère de l’Incarnation) que sur son art. Peut-on séparer l’un de l’autre ?