Régis Debray a exposé l’étymologie de l’adjectif latin obscenus : « ob-scenus : ce qui reste d’un homme quand il ne se met plus en scène ». Pour R. Debray, la société devient obscène quand elle abandonne les rituels. Ce qui est « obscène », c’est de transformer la pensée symbolique en réel. La médiation du symbolique est un fondement de l’art. Mais entrer dans le symbolique semble plus difficile aujourd’hui. C’est le problème d’une partie de l’art contemporain : s’il est bien vendu, il est bon. C’est aussi le problème de la violence des lycéens qui, privés de la maîtrise de la médiation symbolique, s’expriment dans une violence im-médiate. C’est enfin un défi pour la culture religieuse, chrétienne en particulier qui, de la parabole aux sacrements, a toujours fonctionné par la médiation des symboles. C’est dans cette situation hétérogène que prend place le problème actuel des accusations de blasphème. Le visage du Prophète de l’islam pouvait être représenté sans difficulté jusqu’au XVIe siècle ; les indécences du Caravage étaient reconnues par ses contemporains comme d’une très grande peinture religieuse, avant d’être affublées de la « qualité » de blasphématoires à partir du XIXe siècle. Même un animal crucifié, depuis le célèbre graffiti du mont Palatin (IIe siècle) jusqu’à la grenouille de Kippenberger, appartient au langage symbolique.
Ne nions pas la provocation ou, pire, le phénomène de marketing. Les articles de ce dossier n’ont d’autre prétention que de proposer des éléments, certainement partiels, de discernement.
frère Philippe Markiewicz
Auteur : Frère Philippe Markiewicz
Magazine : Arts Sacrés n° 18 Page : 34-35
Date : 04/07/2012
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